Taureau : En Gaule, le taureau est souvent représenté avec trois cornes (on connait l'importance du chiffre 3 chez les Celtes). Il est important dans la mythologie et la vie quotidienne des Celtes (cf la Razzia des Vaches de Cooley). Le vol de bovins est probablement au coeur de nombreux conflits entre différents groupes et il joue un rôle important lors les fêtes. On trouve la présence de cet animal dans le mythe dès 3000 ans avant JC en Sumérie. Enlil, le dieu taureau, est alors vénéré comme dieu de l'orage et de la fécondité. On le trouve dans les combats de taureaux de Crête, dans les sacrifices rituels à Rome. Un sacrifice de taureau est d'ailleurs représenté sur le célèbre chaudron de Gundestrüp.

Le taureau ne semble pas avoir eu une valeur symbolique exclusive de virilité et il n'est pas certain que sa signification première soit à rechercher dans la dualité ou dans l'opposition sexuelle avec la vache. Le taureau est en effet, en Irlande, l'objet de métaphores surtout guerrières. Un héros ou un roi de grande valeur militaire est souvent appelé le taureau du combat. D'autre part, le taureau est la victime de ce qu'on appelle en Irlande le festin du taureau, première partie du rituel de l'élection royale, telle que la raconte le texte de la Maladie de Cuchulainn. On sacrifie l'animal, un poète mange de la viande, boit du bouillon à satiété, s'endort et, dans son rêve, voit le candidat-roi qui doit être choisi par l'assemblée des nobles. La seconde partie du rituel (qui concerne le roi élu) a pour victime le cheval, mais il est tout aussi guerrier que lui et le sacrifice des taureaux blancs raconté par Pline (Hist. Nat. 16, 249) à propos de la cueillette du gui est un ancien rituel royal, ayant perdu toute raison d'être par suite de la conquête romaine et de la disparition de toute vie politique indépendante. Car le taureau est, comme le cheval , un animal royal : Deiotaros taureau divin. Cette connotation renvoie directement au binaire cheval-taureau de l'art paléolithique (le couple cheval-taureau occupe toujours la place centrale des représentations pariétales animales, d'après Leroi-Gourhan).

Le taureau est bien un animal primordial. Dans le récit de la Razzia des Vaches de Cooley, où un taureau brun et un taureau blanc se combattent à mort, l'un représente l'Ulster et l'autre le Connaught : les posséder signifie posséder la souveraineté guerrière, d'autant plus que l'un et l'autre ont l'intelligence et la voix humaines. Ils sont nés de la métamorphose des deux porchers des rois du Sud et du Nord de l'Irlande et ils ont passé par divers états animaux. En Gaule, l'iconographie comporte un taureau aux trois grues (équivalent probable des cygnes insulaires) et un taureau à trois cornes, lequel est probablement un symbole guerrier incompris à l'époque gallo-romaine : la troisième corne doit représenter ce qu'en Irlande on appelle le lon laith ou lune du héros, espèce d'aura sanglante qui jaillit du sommet du crâne du héros en état d'excitation guerrière. On peut noter en annexe que le nom de bison a survécu dans le toponyme de Vesontio, ancien nom de Besançon.

 

Twrch Trwyth : Sanglier blanc divin (ou truie) que le roi Arthur pourchasse sans cesse mais qu'il ne peut ni capturer ni tuer, car il est immortel. Twrch Trwyth représente le pouvoir sacerdotal que le roi tente de conquérir.

Dans les récits gallois primitifs, le processus de la capture est très complexe car on ne peut chasser Twrch Trwyth sans Drutwyn, le chien de Greit ab Eri, qu'on ne peut retenir sans la laisse de Kwrs Kant Ewi, qui ne peut être accrochée qu'au collier de Kanhastyr Kanllaw, qu'on ne peut relier qu'à la chaîne de Kilydd Kanhastyr. De plus, Drutwyn ne peut chasser qu'avec Mabon, fils de Modron qui a été enlevé à sa mère et a disparu, et on ne peut chasser Twrch Trwyth sans Gwynn, fils de Nudd, qui empêche le démon d'Annwynn (nom de l'Autre Monde) de tuer les gens d'ici-bas que seul Du, le cheval du Moro Aerveddawe, peut porter ! Ajoutons que Gwrnach le Géant est le seul guerrier possédant une épée capable de tuer l'animal mythique, et que la chasse de Twrch Trwyth doit être obligatoirement présidée par Arthur ! Ce qui ne simplifie pas cette chasse.

Laquelle finit par être triomphale, mais Twrch échappe tout de même au roi Arthur car dans un bond immense, elle plonge dans l'océan. Depuis, on entend la chevauchée fantastique traverser les landes désertes d'Arthur et sa troupe poursuivant l'insaisissable déesse de la vie.

Dans ce conte gallois Kulhwch et Olwen, Arthur chasse le Twrch Trwyth et se sept petits marcassins. Or cet animal est un sanglier blanc, et la lutte qui dure longtemps, neuf jours et neuf nuits, représenteraient dans ces légendes tardives la querelle du sacerdoce et de l'empire, mais ce n'est qu'un point de vue, et il est terriblement post évangélique.

En effet, en Irlande, dans La Mort des Enfants de Tuireann c'est l'inverse : les "guerriers" (prêtres de la "nouvelle foi" ?) "assassinent" Cian, le vieux druide, le père du dieu Lug caché sous l'apparence d'un porc druidique.

 

 

Vache : Alors que la valeur symbolique du taureau est ambivalente, celle de la vache est toujours positive. La vache symbolise en effet la force maternelle et nourricière de la Terre ; ses cornes et sa féminité en font un attribut du monde lunaire.

 

Ver : Le roi d'Ulster, Conchobar, naît avec un ver dans chaque main. Le motif peut être rapproché de celui des serpents qu'étouffe Héraklès au berceau, mais ce n'est pas certain. Il s'agit plus probablement d'une transformation, du passage à un état supérieur symbolisé par l'état larvaire transitoire. Il en est ainsi de la naissance de plusieurs personnages mythologiques : Cuchulainn naît d'un ver avalé par sa mère Dechtire, buvant dans une coupe d'airain. Les deux taureaux de la Razzia des Vaches de Cooley naissent des porchers royaux, transformés en vers et avalés respectivement par une vache du Nord (Ulster) et une vache du Sud (Connaught).

 

 

 

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